Bonjour,

les éditions Edilivre organisent chaque année un concours de nouvelles avec comme spécificité de l'écrire en 48 h !

le vendredi soir nous découvrons la thématique et nous avons jusqu'au dimanche soir pour l'envoyer.....

cette année le thème était "le futur". J'avoue, je n'étais pas très inspirée, mais j'ai quand même tenté le concours.

Au final, j'ai obtenu la 400ème place sur 1121 participants. Pas de quoi fouetter un chat, me direz-vous ?  j'ai testé un sujet où je n'étais pas trop à l'aise, donc je m'attendais à une moins bonne place donc, assez contente. j'essayerai de faire mieux l'année prochaine.

je vous laisse découvrir ci-dessous la nouvelle que j'ai présenté.

je vous remercie pour vos visites même silencieuses sur mon blog... je vous demande juste de respecter mon travail de "fourmi" !

à bientôt....

« Futur proche »                             

2019. futur proche.

Je marche seule, sereine, d’un pas lent, très lent. Ma respiration est rythmée par la cadence que je m’impose. J’essaye de ne plus y penser, de ne plus réfléchir tout simplement.

Je me suis portée volontaire pour sortir dans le tumulte. Je voulais savoir, voir la métropole dans laquelle j’avais vécu si heureuse.

Il faut que j’avance. Ne pas se retourner, ne pas se laisser distraire par la désolation du paysage.

Un bruissement autour de moi. Regarder droit devant. Je ne peux m’émouvoir, je n’en ai pas le droit. Ma survie en dépend. Egoïste sur ce chemin aride et brûlé. Mes yeux se tournent malgré moi vers la droite, et je l’aperçois. Il n’a plus de cheveux, sa peau en lambeaux saigne en discontinue. Être décharné qui n’a plus la force de me supplier de l’achever, qui n’attend plus que la fin, une fin plus rapide et moins douloureuse. Où se terrait-il jusqu’à présent ? Combien sont-ils ?

Je passe ma route, des larmes coulent sur mes joues. Impuissante. Je dois continuer.

La souffrance est partout.

Après deux longues heures interminables, j’arrive enfin à mon but. Je suis épuisée, et pourtant le chemin était nécessaire.

J’ouvre la lourde porte en acier, je la referme avec beaucoup de précaution. J’en ouvre une deuxième, puis une troisième et toujours le même rituel, bien refermer l’un après l’autre ces sas de sécurité. Je passe sous la douche, je passe tous les tests. J’ôte enfin ma combinaison gonflable, mes gants, mes surbottes, mon masque. Dans un ordre bien précis. Je sens mes poumons se remplir de l’air purifié de notre nouvelle oasis.

Sous terre, tels des lombrics, nous vivons reclus depuis l’impensable.

 

Les tensions incessantes entre Les états unis et la Corée du nord ont finalement changé le cours du monde. Une énième provocation et La bombe H fut lâchée. La boule de feu provoqua un chaos immense, l’onde de choc fut plus importante que prévue. Les bâtiments s’écroulèrent et disparurent comme des châteaux de cartes dispersés par un souffle puissant.

Anéantissement quasi-total.

Une poignée de mes collègues et moi-même ingurgitèrent à l’annonce de cette attaque les comprimés d’iode à notre portée. La bonne fortune d’être sur notre lieu de travail ce jour-là, à la bonne heure, d’avoir un bunker sécurisé sur le site même de notre entreprise. Nous avions la chance d’avoir été formés à la survie, d’être au centre des recherches. Combien d’entre nous avez survécu ? Nul ne pouvait pour l’instant y répondre.

Qui avez osé tirer le premier ? Peu importait. Seul l’avenir nous intéressait.

 

Mes partenaires attendent patiemment. Ils font cercle autour de moi. Je sors d’une petite boite le trésor tant attendu. Des graines, de simples graines qui vont nous permettre de recréer une entité. Nous les admirons comme si nous nous trouvions devant un diamant aux mille facettes rayonnantes. Nous restons un long moment silencieux. Nous les comptons délicatement, douze pas une de plus.

Tous les espoirs sont permis. Après des mois à se nourrir de boites de conserves, de biscuits secs que constituent notre réserve, nous allons pouvoir bientôt cultiver nos propres légumes. Nous en sommes sûrs, nous sommes tellement proche de cet objectif.

Nous avons pu entrer en contact avec d’autres survivants de notre ville au bout de quelques semaines, et nous avons échangé, troqué ces quelques semences. La découverte d’autres rescapés nous donnent encore plus confiance dans le futur. Nous nous imaginons un monde nouveau, plus humain, moins destructeur.

La route sera longue, très longue.

Tsipia, dont le nom par lui-même nous donne toutes les espérances, est une spécialiste de l’agronomie. Elle a travaillé à New-York sur des méthodes de cultures qui pourraient révolutionner le monde. L’aéroponie est la seule solution selon elle. Sans terre, ni soleil, à la lumière de nos néons nous pouvons recréer de la vie végétale.

Il suffira de ranger à la verticale de longs tissus perméables, de la brume d’eau, un peu d’engrais encore à trouver, et nous pourrons déguster des salades, des épinards, des choux, toutes sortes de plantes feuillues. Nous en salivons par avance. Nous imaginons des recettes, nous nous rappelons des saveurs. L’air se remplit d’odeurs enfouis au plus profond de notre être. Nous rions, nous nous embrassons, nous pleurons. Cet intermède nous fait le plus grand bien.

Mais il est temps de nous remettre au travail.

Nos perles précieuses sont rangées minutieusement. Nous ne devons pas en perdre une seule. Il faut bien les conserver, surtout ne pas les détériorer. Elles seront les prémices d’une longue lignée qui ne cessera de prospérer. Nous savons que le travail sera hasardeux. Les premiers jours seront déterminants, il faudra les surveiller, les couver comme nos propres enfants malheureusement disparus. Ne plus penser au passé, trop douloureux dans ce présent incertain. Il faut aller de l’avant, instaurer un ordre nouveau, pour ne pas s’écrouler.

Nous nous installons sur nos tables improvisées, les récepteurs branchés et nous répétons comme chaque jour inlassablement les mêmes mots « Ici, bunker 24.08.01, latitude : 48°35’02’’ Nord, longitude : 7°44’43’’Est. Y a-t-il d’autres survivants ? ».

 

Lundi 25 décembre 2017. Je me réveille avec un sentiment étrange, une sensation de torpeur.

Ma nuit a été peuplée de rêves noirs cataclysmiques.  Je souris de mes peurs nocturnes. Je ne devrais plus écouter les infos, trop de mauvaises nouvelles. Les médias nous affolent, et j’ai imaginé un scénario improbable.

Je regarde par la fenêtre, le soleil est déjà haut dans le ciel. Il a neigé hier soir et le sol est recouvert d’un manteau blanc. Un merveilleux jour de Noël, comme dans mon enfance. La ville se réveille avec son lot de précipitation, de coups de klaxon. Des enfants s’amusent à former quelques boules, tandis qu’un chien s’ébroue tout à côté.

Je me lève, enfile mon peignoir et descend tranquillement nous préparer un bon petit déjeuner.

Tu dors encore paisiblement.

J’enclenche la cafetière, je sors la confiture et les petits pains au lait. J’irai te chercher dans quelques instants et nous profiterons de cette belle journée ensoleillée après avoir ouvert nos cadeaux sous le sapin. J’allume la radio pour y chercher une musique douce de circonstance. Je finis par écouter « Il est né le divin enfant » et d’autres chants liturgiques, quand soudain, interruption totale, la terrible nouvelle tombe. Tout semble s’immobiliser. Non, ce n’est pas possible, ce n’était qu’un rêve, qu’un mauvais rêve.

Je tourne mon regard vers l’extérieur, aucun son ne peut sortir de ma bouche. L’abîme m’engloutit à tout jamais comme le reste de l’humanité.