...qui mugit dans l'acier, et puis notre méchanceté"

Bonsoir,

Tel était le début imposé du concours "Sang d'Encre"...et la fin imposée était "Presser la détente. Et oublier enfin."

Un style qui m'a bien plu, et je remercie les organisateurs pour le joli mail reçu il y a quelques jours. Je n'ai pas fait partie des 3 finalistes, mais ils ont eu la courtoisie de m'envoyer, comme je suppose à tous, un petit mot de remerciement pour ma participation. Je le signale car il est dommage que dans bien nombre de concours, nous soyons obligé de chercher par nous même les résultats ou de les demander.

Donc c'est avec plaisir que je reprendrais ma plume l'an prochain pour y participer.

En attendant, voici la nouvelle que j'avais proposé "Ma douce Sarah"

Bonne lecture....

"Ma douce Sarah"

J’aimerais raconter le vent qui mugit dans l’acier, et puis notre méchanceté. Cette méchanceté qui nous caractérise depuis l’enfance. Sous nos regards angéliques, nos visages poupins, et nos chevelures bouclées, personne n’a jamais imaginé à quel point nous nous délectons du malheur des autres. A 6 ans déjà, nous prenions un malin plaisir à torturer nos amies, nous cassions avec plaisir leurs jouets, renversions volontairement leur crème glacée sur leur jolis vêtements neufs. Nous étions tellement jolies et si douces, que les mamans ne se doutaient de rien, et rejeter la faute sur leur progéniture. Nous avions l’art et la manière de passer pour d’innocentes victimes.

En grandissant, devenues de splendides adolescentes, nous continuons notre jeu de massacre en y intégrant les adultes. Aguicheuses, nous allumons les hommes, flirtant à l’extrême avec les maris des copines de maman et les meilleurs copains de papa. Ils angoissent à l’idée que leurs femmes découvrent leurs incartades, quand ils reçoivent par des courriers anonymes des photos suggestives. Ils justifient les lettres calomnieuses, narrant leurs pseudo-infidélités, par des excuses de jalousies.

Aucun n’ose avouer avoir été trompés par les jumelles de la famille, trop honteux d’avoir jeté un regard, d’avoir espéré conclure sans jamais toucher le fruit défendu. Et personne ne peut deviner qui sont les belles jeunes femmes déguisées sur les photos envoyées.

Les perfidies ne s’arrêtent pas là. Quiconque passe sous le regard de Nicole et Sarah peut tomber dans leur toile qui s’étend au fil du temps.

Les jeunes filles usent de tous les subterfuges. Lançant des rumeurs via les réseaux sociaux, mines d’or pour traquer, détruire, tous ceux qui veulent les défier. Tout est un jeu, un jeu malsain qu’elles adorent.

Fusionnelles, complémentaires, Nicole et Sarah sont inséparables. Même les petits copains sont échangés. Ils ne se doutent de rien. Elles savent parfaitement jouer leur personnage et inversement.

Pourtant un jour, Sarah cache à sa sœur, sa rencontre avec Julien quelques jours auparavant. Elle n’a jamais éprouvé ce besoin de taire une information à Nicole. Elle ressent au fond de son âme, de son cœur, une envie immense. Elle se sent heureuse comme elle ne l’a jamais été. Elle passe ses nuits à rêver de ce nouvel amant, et contrairement aux autres fois, ne veut pas le partager.

Elle sent que cette fois-ci les choses sont différentes. Elle mûrit, change au contact de Julien. Elle imagine tirer un trait sur son passé, et pense à un avenir plus fleur bleue.  Peut-être finir comme papa et maman, un couple sans histoire menant une vie tranquille dans un pavillon charmant. Elle est amoureuse, follement amoureuse.

Nicole n’est pas dupe. Elle sent que sa jumelle se détache, s’éloigne peu à peu. La scélérate ! Quelle félonie ! Elle ne peut pas me laisser tomber. Il y a encore tellement de malheur à provoquer et nous nous amusons infiniment.

Nicole traque sa sœur dans l’ombre et finit par découvrir Julien, le tendre Julien qui a l’air bien innocent. Elle tisse son plan. Elle prendra le temps qu’il faudra. Sarah lui reviendra.

Il y a des règles qu’on ne transgresse pas. Désirer un objet sans le partager avec sa jumelle, peut s’avérer dangereux.

 

Sarah est sur un petit nuage. Julien veut la voir, ce soir. Il a une demande à lui faire. Elle lit et relit sans cesse sans sms sur son téléphone. Des mois qu’elle attend ce moment. Elle imagine les fleurs, le dîner aux chandelles, le scintillement de la bague. Elle meurt d’impatience de se retrouver avec lui.

Il laissera la porte entrouverte, elle n’aura plus qu’à découvrir sa surprise.

Le soir arrive lentement, elle ne tient plus en place, elle est en avance. Elle a revêtu sa plus belle robe, mis ses plus beaux sous-vêtements. Sur le pas de la porte, elle entend des gémissements, des rires, UN rire. Non, ce n’est pas possible. Elle entre doucement sans se faire entendre, elle blêmit. Sa sœur est nue, collée à Julien qui lui tourne le dos. Les yeux clos il murmure « Oh Sarah, mon amour ». Non pas lui, il n’a pu être dupe. Nicole la regarde méprisante et embrasse son Julien « Oui, mon amour ».

Julien n’a pas vu Sarah qui s’enfuit en larmes. Elle rentre chez elle, va dans le bureau de son père. Elle connaît par cœur le code du coffre-fort. Elle sort le pistolet dont il se sert au stand de tir. La balle est introduite sans un tremblement. Elle sait que Nicole ne la laissera plus jamais tranquille. Elles sont liées, à la vie, à la mort.

Sarah choisit. Le pistolet contre sa tempe.

Presser la détente.

Et oublier enfin.