Bonsoir,

Quelques jours d'absence, le temps de préparer d'autres nouvelles pour d'autres concours...

Je vous propose de lire celle-ci, une petite fantaisie proposée pour le concours de Illfurth (68) . Elle n'a pas été retenue. Les organisateurs devaient informés selon le réglement tous les participants de ce concours, mais il n'en fut rien. Au final, ils n'ont contacté que les 3 finalistes. Dommage.... Un petit classement aurait été bien sympathique.

Le thème était "On n'est pas des bêtes !" 

J'avoue je me suis bien amusée à entrer dans mon personnage un peu cabot !

Bonne lecture..... et n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez !

 

« Anasthasia » par Séraphine Kirira (pseudo du moment !)

« Anasthasia,  Anasthasia »

« Oui, là, là, ici, …c’est moi, vous ne me voyez donc pas ? »

N’avez-vous donc pas lu mon dossier ??? Quelle incompétence, quelle désinvolture ! Et cette attente, interminable. Et ces fauteuils inconfortables. Juliette, m’avait pourtant dit que tout serait rapide. Où donc est-elle passée ? Et qu’avait-elle aujourd’hui à vouloir à tout prix me cajoler tout le temps. Et ce petit déjeuner promis qui n’arrive pas ! J’ai besoin de mes protéines pour me sentir bien toute la journée.

 Et ce départ précipité ! Tu sais Juliette que je n’aime pas cette attitude. Et quel est donc cet endroit, pourquoi ne m’as-tu pas conduit dans mon salon habituel ?

Quoi ? Une surprise ! Ce n’est pourtant pas mon anniversaire. Franchement, tu aurais pu faire mieux, je ne sais pas qui a fait la déco de cette pièce. Une véritable horreur ! Aucun goût !

Et toi, assis à côté de moi, inutile de te frotter contre moi, d’essayer de me sentir, de me toucher. Tu sais bien que je t’ai vu lorgner sur ma silhouette parfaite et fine. Ma croupe, que je sais parfaitement balancer te fait rêver mais, ne te fatigues pas, elle ne t’est pas destinée…du moins, pas encore... Il faudrait me séduire, y mettre le prix. Je passe suffisamment de temps dans les salons de beauté, pour savoir que je suis irrésistible.

Admire mon regard, tu n’es pas près de l’oublier. Mes yeux de braise, parfaitement cillés, ma petite truffe effilée, ma bouche sensuelle, humide et ma langue, oui ma langue qui te fait frémir, et que tu imagines sur ton corps poilu. Oui, imagine, imagine…ce que je pourrai te faire.

Quoique en parlant de corps poilu, tu pourrais peut-être t’arranger un peu. Je peux te donner une bonne adresse et la tondeuse fera le reste.

Regarde ma chevelure frisée, naturelle, pas un poil ne dépasse. Mes ongles impeccables, mon poitrail symétrique. Mon esthéticienne est une fée. Je te la conseille volontiers.

Et celle-là, un peu plus loin, non mais elle s’est vu ! Quelle godiche, indolente, négligée !

Pas une once de gracilité ! Fait du sport ma fille, va courir un peu en fin de semaine ! Ce n’est pourtant pas si compliqué. Et ton alimentation, je n’ose y penser. Varie un peu ta gamelle, voyons. Mets de la couleur dans ta vie.

Des bisous par ci, des bisous par-là, un peu de dignité. Tu te donnes en spectacle avec ta grande amie. Un peu de tenue !

Tiens, tu pars. A peine arrivée, tu files en douce. Tu me souris, tu oses même rire. Quel irrespect ! Ma pauvre fille, nous n’appartenons vraiment pas à la même catégorie !

Mais où est donc passée Juliette ???

« Juliette, Juliette, Juliette »

Quoi ? je fais trop de bruit, je dois me taire.

« Insolent ! Savez-vous à qui vous vous adressez ? » J’irai me plaindre à votre hiérarchie.

Et vos tenues, vraiment hideuses, mal coupées, de vrais pyjamas ! Ce vert ne vous va vraiment pas. Il affadit votre teint.

Trop drôle, je n’avais pas bien remarqué au départ vos magnifiques escarpins plats ! De vulgaires sabots blancs. Vous n’êtes vraiment pas à la mode.

Et ce chapeau, ridicule ! vert, bien sûr. Il ne ressemble à rien. Est-il bien utile avec ces chaleurs insupportables ?

Vite, qu’on m’apporte une boisson.

Ah enfin, le petit déjeuner va être servi.

Je dois aller dans un salon privé.

 Et oui, cher voisin, je vous quitte. N’oubliez pas d’admirer ma silhouette lorsque je passerai la porte. Et faîtes des rêves exquis. 

Encore une pièce terne. Décidément, il faudra leur donner les coordonnées d’un bon décorateur.

Quoi ? Pas de fauteuil ! Une table, et quelle table ! Un étal de boucher ! Je ne vais quand même pas manger dans cet endroit stérile et frais.

Et cette nappe, horrible, verte encore et toujours. Je déteste cette couleur.

« Juliette, Juliiiiiettteeeeee »

Je dois encore me taire, et me contenter d’une lapée d’eau et d’un bonbon.

Je ne suis pas au régime, regardez-moi bien, ai-je besoin de maigrir ? Non. Lamentable ! Maintenant, je boude.

Je ne sais pas ce qui se passe. J’ai besoin de m’asseoir. Voilà, c’est de votre faute ! Voulez-vous que je meure d’hypoglycémie !

Je tremble. Je vacille. Je m’allonge.

Vite ! Donnez-moi à manger ! J’ai besoin de sucre ! Au secours !

On me pique, me repique ! Sadique ! Monstre ! Vous n’abuserez pas de moi ! Otez moi ces horribles tuyaux ! Mais que me voulez-vous ?

Je ne veux pas dormir. Je ne veux pas dormir. Je ne veux pas…..

Au secours ! Où suis-je ? Non, Non…

« Juliet…. Juli… Ju… JJJJ….. »

 Le soir est venu, j’ai revu mon voisin. Nous nous regardons à la dérobée. Nous savons.

Nos yeux ne pétillent plus comme avant. Plus de séduction, plus de désir. Inutile.

Il ne veut plus penser à ma croupe voluptueuse. Aucun espoir.

J’imagine dans quelques semaines mes bourrelets disgracieux. Impensable. Quelle torture !

Adieu, mes envies d’une nichée joyeuse.

Je n’ai plus faim.

Juliette est là. Elle attache ma laisse et nous rentrons à la maison.